Sécurité & conformitéMis à jour le 13 octobre 2026 · 10 min de lecture

IA générative SecNumCloud : quelles offres sont vraiment qualifiées par l'ANSSI en 2026 ?

Baies de serveurs dans un centre de données hébergeant des modèles d'IA générative
Réponse rapide

Aucune IA générative n'est qualifiée SecNumCloud en tant que telle. SecNumCloud est la qualification de l'ANSSI pour les services cloud de confiance, protégés notamment contre les lois extra-européennes. Le catalogue officiel du 15 septembre 2026 recense 27 services qualifiés chez 12 fournisseurs : aucun n'est un assistant ni une API d'IA. Les offres « IA SecNumCloud » font tourner des modèles sur une infrastructure qualifiée. Utile, mais à vérifier couche par couche.

En résumé
  • Le catalogue de l'ANSSI mis à jour le 15 septembre 2026 compte 27 services SecNumCloud chez 12 fournisseurs, dont 16 logiciels (SaaS) : collaboratif, partage de fichiers, vie scolaire. Zéro service d'IA générative.
  • Les offres d'IA « souveraines » reposent sur des infrastructures qualifiées (Outscale, OVHcloud, Cloud Temple, Numspot, S3NS…) : la qualification couvre l'hébergeur, pas l'application d'IA posée dessus.
  • Le référentiel 3.2 du 8 mars 2022 plafonne le capital détenu hors UE à 24 % par entité et 39 % au total, et interdit tout accès technique d'un sous-traitant non européen aux données.
  • L'obligation légale ne vise que l'État, certains opérateurs et GIP (loi SREN, article 31, et décret n° 2026-272 du 14 avril 2026), pas les entreprises privées.
  • Selon l'Insee, 43 % des entreprises qui utilisent déjà l'IA citent la protection des données parmi leurs freins : SecNumCloud répond à une partie de ce risque, pas à tout.

Qu'est-ce que SecNumCloud, et pourquoi en parle-t-on pour l'IA ?

SecNumCloud est la qualification délivrée par l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) aux offres cloud qui respectent son référentiel d'exigences. Elle peut couvrir quatre types de services : logiciel (SaaS), plateforme (PaaS), conteneurs (CaaS) et infrastructure (IaaS). L'ANSSI la présente comme le moyen d'identifier des offres « de confiance » pour protéger les données sensibles contre les cybermenaces et contre l'application de lois extraterritoriales.

Le sujet revient dans tous les appels d'offres IA pour une raison simple : utiliser un assistant d'IA générative, c'est envoyer du texte et des documents (contrats, données clients, code, notes de réunion) chez un prestataire. Or la plupart des grands assistants sont édités par des sociétés américaines, soumises à des lois comme le Cloud Act, quel que soit le pays où tournent leurs serveurs.

La version en vigueur du référentiel, la 3.2 du 8 mars 2022, a ajouté un chapitre entier (19.6) intitulé « Protection vis-à-vis du droit extra-européen ». C'est lui qui fait la différence avec une simple certification de sécurité.

« Le capital social et les droits de vote dans la société du prestataire ne doivent pas être, directement ou indirectement, individuellement détenus à plus de 24 % ; et collectivement détenus à plus de 39 % » par des entités hors Union européenne. — ANSSI, référentiel SecNumCloud 3.2, exigence 19.6.b

Quels services sont qualifiés SecNumCloud en 2026 ?

Nous avons relevé un par un les services de la rubrique « Services d'informatique en nuage (SecNumCloud) » du catalogue officiel de l'ANSSI, mis à jour le 15 septembre 2026. C'est la seule source qui fait foi : ni un communiqué d'éditeur ni un logo sur une page commerciale ne remplacent une décision de qualification.

FournisseurService qualifiéTypeFin de qualification
OutscaleIaaS Cloud on DemandIaaS30/11/2026
OVHcloudHosted Private Cloud powered by VMwareIaaS29/12/2026
OVHcloudBare Metal Pod ; SNC Cloud PlatformIaaS24/03/2028 ; 31/07/2029
Cloud TempleSecure Temple (IaaS, stockage S3, HSM-KMS, bare metal) ; PaaS OpenshiftIaaS, CaaS, PaaS30/05/2028
Thales Cloud SécuriséCloud de confiance S3NSPaaS, CaaS, IaaS17/12/2028
NumspotPlateforme des services cloud de NumspotIaaS31/07/2029
Orange BusinessCloud Avenue SecNumIaaS11/07/2028
Worldline ; CegedimSecured IaaS ; CegNumCloud Secured IaaSIaaS31/03/2028 ; 04/12/2027
Wimi, Index Education, Oodrive, Whaller16 logiciels : travail collaboratif, visio, partage de fichiers, PronoteSaaS2027 à 2029

Trois enseignements que l'on ne trouve dans aucun comparatif « IA souveraine » :

Côté IA, les offres existent donc bien, mais sous une autre forme : Outscale et Mistral AI ont annoncé un « LLM as a service » sur l'infrastructure qualifiée d'Outscale, Numspot et Mistral AI ont annoncé une offre d'IA managée sur la plateforme de Numspot, Cloud Temple présente son service de modèles de langage comme opéré sur son infrastructure qualifiée. Dans tous ces cas, l'hébergeur est qualifié ; la brique IA ne l'est pas encore en tant que service distinct.

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« Hébergé en France », « souverain », « SecNumCloud » : quelle différence ?

Ces trois mentions sont souvent utilisées comme synonymes sur les pages commerciales. Elles n'offrent pas du tout les mêmes garanties.

Mention commercialeCe qu'elle garantitCe qu'elle ne garantit pas
« Données hébergées en France » ou « en Europe »La localisation physique des serveursLa nationalité de l'éditeur, les lois étrangères qui s'appliquent à lui, l'accès du support
« IA souveraine », « éditeur français »Un éditeur ou un modèle d'origine européenneRien sur l'hébergement réel : le modèle peut être appelé chez un hyperscaler américain
« Hébergé sur une infrastructure SecNumCloud »Hébergement, administration et données techniques dans l'UE, protection juridique du chapitre 19.6La sécurité de l'application d'IA elle-même : l'ANSSI précise que la qualification « ne préjuge pas » du niveau de sécurité des services de ses clients
« Service qualifié SecNumCloud »L'ensemble du service audité et qualifié, avec un numéro de décisionRien de plus à demander, hormis la date de fin de qualification

Le référentiel est précis sur ce que couvre la qualification : le prestataire doit stocker et traiter les données dans l'Union européenne, administrer le service depuis l'UE, y conserver aussi les journaux, annuaires et certificats (exigence 19.2). Le support peut intervenir depuis l'extérieur de l'UE, mais seulement pour des opérations listées et supervisées. Et le prestataire doit informer son client sous un mois de tout changement qui affecterait sa conformité (19.6.f).

La CNIL soutient ce critère. Dans une prise de position du 19 juillet 2024 sur le projet de certification européenne EUCS, elle regrette que ce texte ne permette plus de démontrer une protection contre l'accès des autorités étrangères, et rappelle que SecNumCloud, lui, comprend ce critère.

Qui est obligé de passer par SecNumCloud ?

L'obligation légale est étroite. L'article 31 de la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (loi SREN) impose aux administrations de l'État, à certains de leurs opérateurs et à certains groupements d'intérêt public de recourir à un cloud protégé contre les accès d'autorités d'États tiers pour leurs données d'une sensibilité particulière.

Le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 a rendu cette obligation opposable. Il définit les données concernées (deux critères cumulatifs : une sensibilité particulière, et un risque d'atteinte concrète en cas de violation), ajoute six GIP à la liste et prévoit des dérogations publiques : 18 mois au maximum pour migrer lorsqu'une offre conforme existe en France, un an renouvelable sinon. En pratique, la conformité s'atteste par une qualification de type SecNumCloud ou une certification européenne équivalente.

Une entreprise privée n'est pas concernée directement. Elle peut l'être indirectement : un ministère, un opérateur de l'État ou un établissement de santé peut exiger de ses sous-traitants que l'IA utilisée sur ses données tourne dans un environnement qualifié. Les grands comptes des secteurs réglementés l'inscrivent de plus en plus dans leurs cahiers des charges.

Votre entreprise a-t-elle besoin d'une IA SecNumCloud ?

Pour la grande majorité des PME, non. Selon l'Insee, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d'IA en 2025, et 43 % de celles qui l'utilisent citent les craintes liées à la protection des données parmi leurs freins. La bonne réponse dépend de ce que vous confiez à l'outil, pas de l'outil lui-même.

Ce que vous confiez à l'IAExempleNiveau raisonnable
Contenus publics ou sans enjeuPosts, idées, reformulation d'une page webOffre standard, données non utilisées pour l'entraînement
Données internes courantesComptes rendus, procédures, e-mails clients sans pièce sensibleOffre « entreprise » avec contrat de sous-traitance RGPD et hébergement UE
Données personnelles à risque ou secrets d'affairesDossiers RH, santé, R&D, contrats stratégiquesHébergement UE par un prestataire européen, ou modèle auto-hébergé
Données d'un client public ou d'un secteur réglementéPrestation pour un ministère, un hôpital, un opérateur de l'ÉtatInfrastructure qualifiée SecNumCloud, si le contrat l'exige

Avant de payer le surcoût d'un environnement qualifié, commencez par la grille de notre article données clients et IA générative : la grille de décision RGPD, et par l'inventaire des outils déjà utilisés sans validation, décrit dans notre guide sur le shadow AI en entreprise. Un salarié qui colle un contrat dans un chatbot grand public ruine toute stratégie de souveraineté, aussi coûteuse soit-elle.

Pour les données vraiment sensibles, l'alternative au cloud qualifié est l'IA qui tourne chez vous : nous comparons les deux approches dans IA locale ou IA cloud : où doivent tourner vos modèles, et Maîtrise l'IA teste un exemple concret avec Open WebUI, un ChatGPT privé auto-hébergé.

« Dans les dossiers que nous voyons passer, la question SecNumCloud arrive presque toujours trop tôt. Le vrai risque est rarement l'hébergeur : c'est l'outil grand public qu'un salarié utilise déjà, sans contrat, avec des données clients. » — Équipe iaCockpit

Comment vérifier une promesse « IA SecNumCloud » en 6 questions ?

  1. Quel est le nom exact du service qualifié ? Retrouvez-le dans le catalogue de l'ANSSI sur cyber.gouv.fr. S'il n'y figure pas, il n'est pas qualifié, quelle que soit la page commerciale.
  2. Quel est le numéro de la décision de qualification, et sa date de fin ? Le catalogue les indique pour chaque service. Une qualification qui expire dans trois mois doit figurer dans le contrat (engagement de renouvellement ou droit de sortie).
  3. Le modèle tourne-t-il dans ce périmètre ? Certaines plateformes hébergent l'interface et les documents chez un prestataire qualifié, mais appellent l'API d'un modèle hébergé ailleurs. Exigez le schéma des flux.
  4. Où vont les conversations, les journaux et les fichiers indexés ? Historique, index de recherche (RAG) et journaux d'usage contiennent vos données : ils doivent rester dans le même périmètre.
  5. Qui assure le support, et depuis où ? Le référentiel autorise un support hors UE sous conditions : demandez la liste des opérations concernées et le mode de supervision.
  6. Que se passe-t-il en cas de changement d'actionnaire ou de sous-traitant ? Le prestataire qualifié doit vous prévenir sous un mois. Prévoyez la clause de réversibilité correspondante.

À ne pas oublier : SecNumCloud protège l'hébergement, pas l'usage. Les risques propres à l'IA (injection de consigne, fuite par un agent connecté à vos outils, erreurs factuelles) restent à traiter. Les recommandations de l'ANSSI sur ce point sont résumées dans notre article sur les agents IA connectés aux outils de l'entreprise. Même logique pour le téléphone : un agent vocal traite des voix et des numéros, voir le guide d'AgentVocal.ai sur la conformité RGPD des agents vocaux.

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Équipe iaCockpit
Contenus rédigés par l'équipe éditoriale d'iaCockpit, spécialistes des outils d'IA en entreprise et de leur coût réel. Liste des services qualifiés relevée dans le catalogue officiel de l'ANSSI (mise à jour du 15 septembre 2026) ; exigences citées d'après le référentiel SecNumCloud 3.2. Cet article ne constitue pas un conseil juridique. Mis à jour le 13 octobre 2026.

Questions fréquentes

Existe-t-il une IA générative qualifiée SecNumCloud ?

Pas en tant que service d'IA à part entière. Le catalogue de l'ANSSI mis à jour le 15 septembre 2026 recense 27 services qualifiés SecNumCloud chez 12 fournisseurs : aucun n'est un assistant ou une API d'IA générative. Les offres d'IA présentées comme SecNumCloud font tourner des modèles sur une infrastructure (IaaS ou PaaS) qualifiée, ce qui protège l'hébergement mais ne qualifie pas la couche IA elle-même.

Un hébergement en France suffit-il à protéger les données confiées à une IA ?

Non. La localisation ne dit rien de la nationalité du prestataire ni des lois qui s'appliquent à lui. Le référentiel SecNumCloud 3.2 exige en plus un siège dans l'Union européenne, des actionnaires hors UE limités à 24 % individuellement et 39 % collectivement, et l'impossibilité technique pour un sous-traitant non européen d'accéder aux données. C'est cette protection juridique que la CNIL met en avant pour les données les plus sensibles.

Une entreprise privée est-elle obligée d'utiliser une IA SecNumCloud ?

Non, aucune règle générale ne l'impose à une entreprise privée. L'obligation issue de l'article 31 de la loi du 21 mai 2024 (loi SREN), précisée par le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026, vise les administrations de l'État, certains opérateurs et groupements d'intérêt public, pour leurs données d'une sensibilité particulière. Une PME peut en revanche se la voir imposer par contrat si elle travaille pour ces organismes.

Qu'est-ce que le niveau 3.2 de SecNumCloud ?

C'est la version du référentiel d'exigences de l'ANSSI publiée le 8 mars 2022. Elle a ajouté un chapitre 19.6 de protection vis-à-vis du droit extra-européen : siège statutaire dans l'Union européenne, plafonds de capital et de droits de vote détenus hors UE, autonomie d'exploitation et information du client sous un mois de tout changement susceptible d'affecter la conformité.

Comment vérifier qu'une offre d'IA est vraiment SecNumCloud ?

Demandez le nom exact du service qualifié et le numéro de la décision de qualification, puis retrouvez-les dans le catalogue officiel de l'ANSSI sur cyber.gouv.fr avec leurs dates de début et de fin. Vérifiez ensuite que le modèle, le stockage des conversations, les journaux et la supervision tournent bien dans ce périmètre qualifié, et pas sur une API tierce appelée en dehors.

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Sources : ANSSI - Catalogue des produits et services certifiés, qualifiés, agréés (mis à jour le 15 septembre 2026), section 3.3 - ANSSI - Référentiel d'exigences SecNumCloud, version 3.2 du 8 mars 2022 - ANSSI - SecNumCloud pour les fournisseurs de services cloud - CNIL - Cloud : les risques d'une certification européenne permettant l'accès des autorités étrangères (19 juillet 2024) - Ministère de l'Économie, DAJ - Fiche technique sur l'article 31 de la loi du 21 mai 2024 (6 mai 2026) - Banque des Territoires (Localtis) - SecNumCloud : décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 - Insee Première n° 2120 - Les TIC dans les entreprises en 2025 - Le Monde Informatique - Outscale et Mistral AI lancent du LLM as a service - Mis à jour le 13 octobre 2026

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